Les nouvelles voiles du Folligou. Octobre 2019

 

Nos nouvelles voiles sont en 3Di Nordac, de North Sails. Cela ne vous dit rien ? Nous aussi, il y a un an, on ignorait totalement ce que c’était. Lisez pluôt

La technologie 3Di développée par North Sails diffère complètement de celle des voiles traditionnelles réalisées par l’assemblage de panneaux de tissus.

Avec la technologie 3Di, les voiles sont moulées en une seule pièce, formant une structure composite uniforme. Elles présentent une meilleure résistance aux frottements (pas de coutures) et une absence de déformation sous tension du fait que le tissu est moulé, au lieu d’être tissé comme dans nos anciennes voiles en Hydranet triradial.

Quelle que soit la fibre utilisée, un tissu aura toujours tendance à se déformer car le fil de trame passe au-dessus et en-dessous de chaque fil de chaîne. Sous une forte tension, il devient plus rectiligne et le tissu s’allonge dans le sens de la trame.

Une voile déformée, trop creuse et avec un creux mal placé, cela donne un bateau dur à la barre, qui gîte et qui avance moins bien. Sur un bateau le profil des voiles est aussi important que la forme des ailes sur un avion !

Plusieurs types de fibres peuvent être utilisées avec le 3Di. Les premières voiles faites par North Sails avec cette technologie ont été conçues pour la régate offshore, en particulier pour le Volvo Ocean Race, avec des fibres très performantes mais coûteuses, par exemple des fibres de carbone. Ensuite, une version à base de la fibre polyester (Dacron®) très utilisée pour les voiles des bateaux de croisière a été développée et c’est cette technologie que nous avons choisie, le 3Di Nordac. Le polyester présente de très bonnes qualités mécaniques et de résistance aux UV pour un prix abordable.

Des filaments de fibres de Dacron sont déposés par un robot sur un moule, une forme 3D qui présente la forme exacte de la voile à obtenir. Les filaments sont déposés selon plusieurs directions et en couche d’épaisseur variable selon les lignes de force et de tension de la voile. Les goussets de lattes et les prises de ris sont incluses dans la voile à la fabrication, évitant toute couture. Le moule n’est autre qu’un plancher soulevé par des vérins pour lui donner la forme de la voile telle qu’elle été dessinée par ordinateur. Un tel plancher est un ensemble de haute technologie, et la voilerie North en a construit deux seulement dans le monde (photo)

Ces voiles sont faites un peu comme une coque de bateau en fibres de verre, les filaments sont fusionnés par une résine polyester dite « thermoset » résistante à la chaleur, à l’humidité et aux UV mais qui, contrairement à la résine utilisée pour les coques, reste flexible. L’ensemble est et moulé sous vide en une seule structure.

Bon, tout ça, c’est la théorie. Reste à voir comment nos voiles vont évoluer dans le temps, mais au moins, on se sera bien amusés à découvrir toutes ces nouvelles technologies (je ne vous parle pas des voiles laminées, des voiles à membrane en Mylar et taffetas, des fibres carbone, polyethylène (Spectra, Dyneema) polyamide, aramide, Kevlar etc… Tout un monde nouveau qu’il nous a fallu découvrir et essayer de comprendre afin de faire le « bon » choix. La Nouvelle Zélande était sûrement le meilleur endroit pour se livrer à cet exercice, le milieu de la voile est ici très développé et professionnel.

North Sails est un des plus grands fabricants de voiles au monde et nous avons eu la chance que Roger Hall, le patron de la voilerie locale à Opua (NZ) comprenne bien la problématique du bateau et nous propose de bénéficier de l’aide de Mathieu Guillaud, un ingénieur Français travaillant à Auckland qui a complètement redessiné nos voiles, surtout la GV, à l’aide d’un programme informatique performant. Nous sommes allées lui rendre visite à Auckland et nous avons pu discuter extensivement avec lui sans la barrière de la langue (autrement, on se perd un peu dans les leech, foot, luff,  batten pockets, etc…).   

En effet, depuis que nous avons ce bateau, nous nous battons contre une GV trop grande, trop creuse, nécessitant de prendre un ris dès 12 nœuds de vent, et jusqu’à quatre ris lorsque le vent forcit beaucoup. Beaucoup de manœuvres difficiles avec des kilomètres de bosses de ris !

La nouvelle voile est légèrement plus courte sur la bôme, elle a une chute plus droite et une corne mieux dessinée qui devrait « s’ouvrir » en cas de survente pour laisser passer la risée, évitant au bateau de passer sur sa barre.

IL n’y a plus que trois ris et les lattes sont perpendiculaires au mât et le restent lorsqu’on prend les ris, un véritable tour de force de la part du designer car la bôme est très angulée sur le roof. Vous verrez dans les photos la superposition des dessins de l’ancienne voile (latte en magenta et ris en orange  ) et de la nouvelle voile (latte en bleu et ris en rouge foncé). Les différences sont notables.

Et vous avouerez que cette forme carrée, dite «square top», c’est du dernier chic !

Et chose formidable, tout cela a pris sa place dès le premier essai. Nous avons jusqu’à maintenant simplement envoyé la voile et pris les ris pour tout valider, mais nous n’avons donc encore aucun avis sur les performances du bateau. SI ce n’est qu’avec des rafales à 20 nœuds lors du premier essai, voile haute, le bateau n’est pas passé sur sa barre, ce qui est extrêmement encourageant.

Le foc, quant à lui, a été refait identique au précédent mais en 3Di et il semble vraiment très beau. Bien plus beau que l’ancien qui en vieillissant avait… pris du ventre.

On vous en dira plus lorsqu’on aura vraiment navigué avec ces nouvelles voiles. On espère aussi avoir un jour des photos du bateau sous voile, mais ce n’est pas facile à obtenir. Les quelques photos actuelles sont prises à bord ou depuis le ponton, donc pas très explicites

A suivre !

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© Carole Beaumont