Navigation dans les Banks

 

 

 

Nous sommes restés quinze jours dans les Banks, naviguant avec nos amis Yves et Christine sur leur voilier ORIONDE, un Ovni 395. Ce fut vraiment sympathique. C’était l’endroit parfait pour être deux bateaux car les gens étaient plus disposés à faire partager leur quotidien à quatre personnes plutôt qu’à deux ; Nous avons donc pu visiter les villages, l’école, discuter avec le professeur principal, visiter un Health Center, rencontrer un sculpteur original et  un médecin de brousse, diner d’un repas typique, assister à des danses traditionnelles.

 

Ureparapara

Cette île, la plus isolée des Banks, est un volcan éteint et le mouillage se trouve au bout du cratère ouvert sur la mer, dans un décor de forêt tropical grandiose et sinistre ! ORIONDE, arrivés les premiers ont eu un peu froid dans le dos devant ce mouillage désert et sombre ! Ils ont cependant été accueillis tout de suite par Nicholson, le chef du village qui est arrivé dans son « dugout », petite  pirogue traditionnelle en bois avec balancier. Il arrive pour bavarder…et pour demander divers objets de première nécessité qui manquent sur l’île. Principalement, des piles, des lampes torches,  des allumettes, du riz, des cordages, des vêtements ou du tissu, etc… Le bateau ravitailleur n’est pas passé depuis plusieurs semaines et ils manquent de tout. Aucun avion ne peut se poser à Ureparapara à cause des pentes raides du volcan,  en dehors d’un hydravion ou d’un hélicoptère en cas d’urgence médicale.  Certes, ils ont un bateau à moteur qui leur permet d’aller à Sola, sur l’île voisine de Vanua Lava, mais c’est au moins trois heures de bateau et cela coute cher en diesel.

 

D’autres pirogues viennent rapidement nous voir pour bavarder, pour vendre des fruits (bananes, papayes)  ou légumes (tomates, aubergines, fruits de l’arbre à pain, patates douces) de leur jardin.  Vendre ou échanger car ils manquent vraiment de tout. Nous aurons l’occasion de le constater en visitant le village où nous sommes très bien accueillis par des gens gentils, chaleureux, heureux d’avoir une distraction. La première question est toujours  « Wanem nem blong yu ? » à laquelle nous répondons « Nem blong me Carole » ! Les conservations commencent toujours ainsi, ensuite on se débrouille plus ou moins bien pour continuer. Yves avait fait l’effort d’apprendre un peu  le Bislama, et nous, on s’en sort avec l’Anglais ou le Français suivant les cas.

 

Les maisons, souvent assez jolies avec des murs de bambou et des toits en feuilles de pandanus,  sont d’un confort plus que rudimentaire. Aucun meuble, quelques casseroles sur une étagère, un matelas ou une natte en palmes tressées posé par terre. Les gens mangent le plus souvent assis à même le sol de la maison. Le linge sèche quelque fois par terre faute de corde pour le suspendre. Pas d’électricité si ce n’est une petite lampe à panneau solaire. Le village est plongé dans le noir total dès la nuit venue (06 heures du soir sous les tropiques).

 

Nous avons visité l’école où le professeur principal nous a gentiment reçus, un jeune homme très éduqué, parlant parfaitement Anglais,  venant du village voisin (il y a deux villages sur cette île). Dans l’école, il y a un jardin d’enfants et une école primaire avec six niveaux, regroupés deux par deux. Les enfants sont en uniforme, chemise jaune et short vert, porté trois jours par semaine pour qu’il puisse être lavé les autres jours. Pas question de demander aux parents de financer deux uniformes. Pour le secondaire, les enfants vont à Sola où ils sont pensionnaires. Nous avons donné au professeur des cahiers et des crayons pour les enfants les plus démunis et ORIONDE a donné des lunettes de vue en le chargeant de les distribuer  à ceux qui ont vraiment besoin. Il avait l’air très content. Il en a profité pour demander à Yves qui a des connaissances en  informatique assez poussées de lui réparer son ordinateur. Sans véritablement le réparer, Yves a trouvé une solution pour qu’ils puissent regarder des films (il y a, ici ou là, une batterie alimentée par un panneau solaire, quand il est en état de marche).  Le chef nous a organisé un diner typique chez lui, pour la modique somme de 400 vatus par personne. Et nous avons aussi eu droit à une danse traditionnelle, avec des chapeaux originaux mais dont  le sens nous a un peu échappé ! Cela a conduit  à des débats passionnés entre nous quatre pour savoir si ces représentations données uniquement à l’usage des touristes, moyennant finance et sorties complètements leur contexte (de la kustom) ont réellement un sens et ne contribuent pas à ce que ces peuples perdent un peu leur âme. Le débat reste ouvert !

 

 

Vanua Lava et Gaua

 

Nous nous sommes rendus ensuite au mouillage dit des WaterFalls, au sud de Vanua Lava. Là encore, nous sommes accueillis par le chef Nixon arrivé dans sa pirogue. Gentil, mais tout aussi démuni que ses voisins de Ureparapara.  Il nous apportera un peu plus tard quatre belles langoustes pêchées à notre intention en échange d’une lampe torche étanche et que nous mangerons au BBQ sur FOLLIGOU. Nous avons visité les quelques maisons du village, troqué des crevettes d’eau douce contre une autre lampe torche avec Korten, pour ne pas faire de jaloux entre deux frères ! et les deux capitaines ont essayé, en vain, de réparer un grand panneau solaire dont la diode était probablement grillé par un mauvais usage. Les deux chutes d’eau sont très belles et nous nous sommes baignés au pied de la cascade  avec quelques personnes du village.  

 

Encore un mouillage sympathique dont nous sommes partis ensuite pour aller à Gaua, une petite île ronde plus au sud. Le mouillage est au nord de l’île, protégé par le récif. Il y avait trois autres catamarans dans le mouillage mais le lendemain, nous étions de nouveau les seuls deux bateaux.

Dans cette île, on a tout de suite senti que les habitants étaient  moins isolés. Ils ne nous ont rien demandé de spécial et sans être riches, bien sûr, loin de là, ils sont moins démunis. Probablement parce qu’ils sont à proximité d’un aéroport, ce qui permet un ravitaillement plus facile et l’arrivée de quelques touristes. Robert, un chef parlant parfaitement le Français, a installé quelques bungalows pour accueillir des visiteurs et il nous a fait aussi un repas typique délicieux (sa femme et sa fille, en fait !). Nous avons fait la connaissance d’un sculpteur qui vit avec sa famille dans une case à l’écart du village et qui sculpte ou peint sur les écorces des fougères géantes. Yves et Christine ont craqué pour une colonne surmontée d’une belle tête sculptée dans le bois et nous pour une peinture très jolie.

 

Nous avons eu aussi la chance de rencontrer un médecin de brousse le Dr Mark qui est aussi pilot d’avion et assure un service médical très apprécié dans ces îles isolées. Australien d’origine,  ayant vécu au Mozambique, il est installé là avec sa femme et sa fille depuis maintenant 13 ans. Il a souhaité consacrer sa vie au service d’autrui et il a cherché l’endroit « the neediest and the closest » et il est arrivé dans ces îles perdues. IL a ouvert une petite clinique avec 6 ou 8 lits, emploi quatre infirmières dont sa fille, et se déplace dans les îles des Banks avec son petit avion tout droit sorti d’une boite de Mécano pour aller soigner les gens dans les coins les plus reculés. Son avion s’appelle Wings of Hope, tout un programme. Il est soutenu financièrement par l’Eglise Adventiste du 7ème jour, et il a ouvert aussi une école privée dépendant de cette Eglise et dont sa femme est le Proviseur principal. Nous avons été très impressionné par ce personnage simple, modeste et d’une redoutable efficacité.  Il est évidemment très apprécié des populations locales.

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© Carole Beaumont