Maupitie et Mopélia (Maupihaa)

Les deux dernières îles de la Société, deux petits atolls tout au NW de de la Polynésie Française, leurs destins sont très liés.

 

Maupitie est un petit paradis, une ile rocheuse au milieu d’un lagon magnifique, quelques petits motus où se développent des pensions de famille pour touristes, les Tahitiens viennent facilement ici se reposer, un joli village tout en longueur avec des maisons aux jardins fleuris de part et d’autre de la route, pas de construction agressive, quatre Temple (bien visible en bord de mer) ou Eglises (catholique, adventiste du 7ème jour, mormon), plus de petits bateaux en aluminium que de voitures.

Pour les voileux que nous sommes, c’est un paradis qui se mérite. L’unique passe permettant d’entrer dans le lagon est étroite, bordée de récifs de corail et face au sud ; dès que la houle (le plus souvent de sud) dépasse 2m, la passe se ferme avec un mur de déferlantes spectaculaire. Nous en avons fait l’expérience. Partis de Bora Bora à 1h00 du matin pour être devant la passe vers 07h00, c’est là que le courant sortant est moins fort paraît-il, nous nous sommes trouvés devant des rouleaux de mer qui barraient totalement l’accès à la passe. C’était beau mais impressionnant ! Retour à Bora Bora, encore 5h de moteur, attente pendant 2-3 jours que la houle diminue, puis re-5h de moteur. Nous n’avons pas regretté d’avoir attendu ! Tout d’abord, nous avons eu la chance d’y retrouver le Père Dominique, le curé des Paroisses de Raiatea, Tahaa, Bora Bora et Maupitie qui vient là une fois par mois. Le reste du temps, la messe et les diverses activités paroissiales sont assurées par un ou plusieurs membres de la paroisse qui ont fait l’effort de suivre une formation de catéchèse pour pouvoir assurer la vie de la paroisse en l’absence du curé. Nous avions rencontré le Père Dominique  chez nos amis Martin alors qu’il était encore curé de la paroisse de Vaisons la Romaine, ce fut un grand plaisir de la croiser sur le lagon et de déjeuner ensuite avec lui chez des amis à lui, après l’avoir vu bénir la nouvelle cuisine d’une pension de famille, une petite cérémonie simple et émouvante.

 

Mopélia (Maupihaa)

Ce passage à Maupitie nous a aussi donné l’occasion de récupérer du fret pour les habitants de Mopélia.

En effet, Mopélia (anciennement Maupihaa), à 100 nM de Maupitie, n’est habitée que par dix ou quinze personnes qui vivent là de façon plus ou moins permanente suivant les cas et dont l’activité principale consiste à ramasser le coprah. Autrefois, ils avaient des perles fermières dans le lagon, mais un cyclone a tout détruit il y a une dizaine d’années et les nacres ont été étouffées par le sable. Cette activité n’a jamais pu redémarrer et maintenant, ils ramassent du coprah (la pulpe à l’intérieur des noix de coco vertes) qui sert à faire l’huile de monoï très apprécié des tahitiennes. Mais comme c’est très dur, surtout quand il fait chaud, ils ne travaillent que quelques heures par jour et le reste du temps, ils pêchent la langouste, des balistes ou des carangues, ou même du thon en dehors de l’atoll pour celui équipé d’une bateau à moteur assez puissant, ils ramassent des crabes de cocotier ou des œufs de sternes (cela contribue à réguler la taille de la colonie), et ils socialisent avec les plaisanciers de passage. Et tous ces gens là adorent cette vie, certains n’ont pas quitté l’île depuis dix ans ! On y rencontre Harry dont la femme Norma vit à Maupitie, Albert et Dina, Tiarey et Jane, une Italienne qui a atterri là on ne sait comment, Pierrot dit Koh-Lanta car il ressemble à un acteur de l’émission, Edgar, Hina, Papy Antonio qui s’est installé là lorsqu’il a pris sa retraite (il dirigeait une petite entreprise de construction), Parua qui est venu garder la maison et les animaux de son frère Tino pendant que celui-ci refaisait ses papiers. Il n’avait plus ni carte d’identité ni carte de sécurité sociale, ce qui ne le préoccupait pas trop !

Une petite communauté fort sympathique, mais qui connait comme partout ses problèmes de voisinage, de jalousie, de vols de territoires de pêche etc…Comme partout en Polynésie, l’aspect paradisiaque du lieu cache quelque fois une réalité plus douloureuse.

 Les voileux sont beaucoup mis à contribution pour apporter du ravitaillement ou du matériel, quelque fois des personnes, car l’île est desservie uniquement par le bateau qui vient ramasser le coprah une fois tous les 6 ou 8 mois. En cas de problème de santé, le blessé peut être « evasané » par hélicoptère ou vedette rapide. Pour les voileux, c’est une belle expérience de leur apporter du fret car du coup, ils nous accueillent de façon royale, nous offrent du poisson, nous emmène pêcher la langouste pour qui le demande (ce qui fut le cas du Capitaine, voir récit ci-dessous) et nous régale le samedi soir d’un repas tahitien. Vraiment une très belle expérience dont nous garderons un merveilleux souvenir.

 

 

 

Danse avec les langoustes

Pêche nocturne à la langouste polynésienne

 

J’en rêvais depuis des années : j’ai enfin été initié à la pêche à la langouste. Pas celle que l’on pratique avec un fusil, quel crime ! Non, la vraie, celle qui donne toute ses chances à l’animal : de nuit et à mains nues. Un art.

 

Toutes mes tentatives antérieures étaient tombées à l’eau. Aux Antilles, par manque de professeur (les pêcheurs préfèrent vous les vendre, eh§ ) Au Vénézuela la partie de pêche a tourné en partie de dépannage du bateau de pêche. A Fakarava les conditions de vent et de mer ne s’y prêtaient pas. A Raiatea, la saison n’était pas ouverte !

 

Mais ici à Maupiha’a (Mopelia) aucun problème. Dès notre arrivée, Parua est venu nous accueillir avec sa barque en alu. Nous avons du fret pour lui, qui nous a été confié par son frère à Maupiti : corned beef, packs de bière, désherbant, râteau pour feuilles mortes ( !) et un gros carton contenant d’autres choses mystérieuses et sans doute un raton laveur.

 

On discute dans le cockpit autour d’un café. Parua est un gars plein d’enthousiasme et de joie de vivre. « Tu veux du poisson ? Tu aimes les langoustes ? » « Oui mais je voudrais bien que quelqu’un m’apprenne à les pêcher » « Ah, super, alors je t’emmène pêcher la langouste, dès que le temps sera meilleur »

 

En effet, la pêche se pratique pêche de nuit, dans le récif (côté lagon bien sûr) et il vaut mieux que la mer ne brise pas trop fort sur les coraux, le but étant de revenir en bon état, avec tous ses membres et si possible… des langoustes.

 

Le surlendemain, à l’heure dite, 16h30, Parua est là avec sa solide barcasse en alu à laquelle il manque juste quelques rivets. J’ai bien suivi les instructions et j’ai tout le matos : combi, chaussons de plongée, gants, lampe étanche, masque et tuba. Parua a le même équipement, plus une grande poubelle pour stocker les prises et un casque de chantier. « Ah, bon, on risque de se cogner la tête ? » « Meuhnon, c’est pour écoper la barque, sinon on coule»

 

Et allez, c’est parti.

 

On se rapproche du récif en zigzagant entre les pâtés de corail, il vaut mieux faire cela avant la tombée de la nuit, on ne tient pas à casser le moteur sur une patate. Parua pilote, j’écope et nous papotons joyeusement.

 

Nous mouillons le pneu rempli de ciment pour attendre la nuit, une bonne heure, et on  se raconte nos vies. Nous avons vécu exactement aux antipodes l’une de l’autre, mais nous tombons d’accord sur tout : la politique, l’éducation des jeunes, les femmes, les langoustes… et même la musique. Je découvre que Parua est un fan des seventies. Il aime beaucoup Dire Strait et Mark Knopfler ! Il connait tout Bob Dylan ! Incroyable, nous avons les mêmes goûts ! Le lendemain je lui ferai cadeau d’une compilation de 20 Gigas de MP3. Il va découvrir J.J. Cale, sa vie va changer.

 

Il pleut. Dans le vent, avec ma combi, je n’ai pas très chaud et je m’abrite derrière le couvercle de la providentielle poubelle. Très digne. Et puis d’un coup, hop, la nuit tombe et nous voilà descendus sur le récif dans moins d’un mètre d’eau. La tête dans l’eau, les fesses à la surface, digne je vous dis.

 

Parua avance puissamment, tirant sur les mains, poussant avec les pieds, je ne sais pas comment il avance aussi vite et en plus il tire le bateau derrière lui. Je fais mon possible pour suivre mais ça ne rigole plus. Il y a du courant, le terrain est vachement accidenté et je m’écorche joyeusement les tibias.

 

Soudain je me retrouve cul par-dessus tête dans un grand bouillonnement, et je perds une dizaine de mètres. Lorsque je ressors la tête, je vois que Parua me fait signe qu’il veut me parler : « Attention, une vague » qu’il me dit ! Ah, bon ? D’accord, me voilà prévenu.

 

Au bout d’une demi-heure de ce régime mes gants achetés 15 Euros chez Décathlon sont en ruine. Si j’avais su, j’aurais aussi acheté des protège-tibias et une cotte de mailles. J’en ai un peu marre, d’autant que nous n’avons pas vu la queue d’un crustacé.

 

Mais voilà Parua qui agite frénétiquement sa lampe torche : Langouste ! Langouste ! Je caracole les 5 mètres qui nous séparent. Où ça, je ne vois rien ? Ah, oui, là : pétrifiée dans la lumière des phares, elle ne bouge pas. J’avance vers elle en maintenant ma torche dans ses yeux, je vois qu’elle commence à reculer, mais de l’autre main, par derrière, comme me l’a dit le professeur : snatch ! Je l’ai ! Et tout de suite hors de l’eau car elle crie, ou plutôt elle grince, et cela fait venir les requins. Je pousse un rugissement de victoire en brandissant ma langouste, on dirait Thorgal terrassant le grand alligator. Et, hop, je la lance dans la poubelle comme au basket. Parua est ravi. On se donne l’accolade.

 

Me voilà motivé à bloc. Dans les deux heures qui suivront, nous prendrons une douzaine de belles langoustes. A un moment, Parua me dit : c’est bizarre, il y a beaucoup de requins qui nous tournent autour. Il me les montre avec sa torche. Des pointes noires, pas dangereux, mais ils peuvent devenir nerveux s’il y a du sang dans l’eau… je ne lui parle pas de mes tibias. Hum… De toute façon nous commençons à fatiguer un peu. Allez, on rentre.

 

Parua devra encore remorquer la barque une centaine de mètres sur le récif avant de trouver l’eau profonde pour lancer le hors-bord. Il est infatigable. Puis, nouvelle séance de slalom entre les pâtés de coraux : attention, à ce jeu-là on bousille une embase en un clin d’œil. Il s’agit de repérer à temps les patates grâce à la torche. « Mais non, pas comme ça, dans l’eau la torche. A travers la surface on ne voir rien ! » C’est un métier, je vous dis. 

 

Retour au bateau, une bonne douche, et Parua revient partager le dîner avec nous. Un ‘ti punch bien tassé, dîner de langoustes arrosé d’un petit blanc Chilien, salade variée, et le fameux cake à la banane de Carole… Parua a un joyeux coup de fourchette. Il se régale. Ce soir je m’endormirai comme une souche avec des étoiles de mer et des langoustes plein les yeux.

 

Et demain, j’rai pêcher le Varo, avec mon pote Parua.

 

Le Va…quoi ? Le Varo : un animal vraiment pas présentable mais délicieux (voir photos de Maupélia). Je vous raconterai la pêche au Varo une autre fois.

 

   

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© Carole Beaumont