Traversée Atlantique retour- Mai 2025

Nous avons eu la chance que deux de nos fils, Thomas et Guillaume décident de venir faire cette traversée Atlantique retour jusuq'aux Açores avec nous. C'était inespéré et cette traversée s'est remarquablement bien passée. Nous avons mis  22 jours de St Martin jusqu'à Horta (île de Faial) dans des conditions très maniables. Et quelques heures de moteur quand même dans le coeur de l'anticyclone.

Ci-dessous les Brèves de notre traversée

 

Traversée de l’Atlantique de l’île de St Martin jusqu’aux Acores

Equipage : Thomas, Guillaume, Daniel Carole

Départ Mardi 06 mai 2025

 

Mercredi 07 mai 2025, 19°19 N, 62°49 W
Vingt quatre heures que nous sommes partis pour notre traversée de l'Atlantique. Nous avons brillamment fait 70 nM sur la route directe, un peu plus sur le fond car il a fallu tirer un grand bord pour passer le Nord de l'île d'Anguilla. Nous avons ce qu'on attend un temps de demoiselle. Très peu de vent (entre 4 et 12 nœuds), mer plate, une houle longue pas très creuse.  C'est relativement confortable puisque nous sommes au près légèrement débridé et le bateau se déhale lentement en
faisant entre 2 et 4 nœuds suivant les moments. Nous en avons pour au  moins encore 24h comme ça avant que le vent ne rentre de l'Est et qu'on puisse accélérer.

Le bon côté de cette situation est qu'elle laisse le temps à notre  équipage de s'amariner et de trouver ses marques, ce qu'il fait, ma foi, fort bien. La nuit s'est bien passée bien et chacun a fini par trouver une couchette qui lui plaise et où il ne fasse pas trop chaud. Nous avions passé une bonne demi-heure avant le coucher du soleil à établir un planning des quarts sur quatre jours, deux personnes par quart pendant quatre heures, trois quarts par nuit en commençant à 19h (et donc en terminant à 07h) de telle sorte que sur quatre jours, chaque parent ait fait trois quarts avec chacun des deux enfants, et que chaque personne ait eu deux fois le quart de lever du soleil, en général le plus sympa. Je vous ai largué n'est-ce pas? Pas grave, de toute façon, ça ne s'est pas passé comme ça, on a pris plus de temps que prévu pour le dîner (après avoir pris, oserons nous le dire, un tout petit petit apéro au coucher du soleil)  et ensuite on s'est complètement décalés mais ce fut une nuit tranquille.

Tout va bien à bord

Bises des 4 Folligous

 

 

Jeudi 08 mai, 20°36 N, 62°14 W,

Vent N-NE, très longue houle

 

La nuit fut douce, très douce, trop douce! le vent était mou, mou, mou, oscillant entre 3 et 8 noeuds, et la vitesse du bateau entre 1,5 et 4 noeuds. Un rendement de 50%, ce qui n'est pas si mal pour un bateau lourdement chargé. Quatre membres d'équipage et la nourriture qui va avec pour 4 semaines  (10 kg de farine, 8 kg de riz, 150 vache-qui-rit, 20 boîtes de thon, une centaine d'oeufs, etc...un véritable inventaire à la Prévert), 400 L de gas-oil, 600 L d'eau, bref un bateau lourd qui marche quand même bien et se déhale dans les petits airs.

Le rythme des quarts n'était pas beaucoup plus rigoureux que la nuit précédente mais qu'importe, l'équipage semble reposé. Et l'ambiance est bonne, c'est bien sympathique.

Ce matin vers 06h00, nous avons mis le moteur pour nous recaler un peu vers l'Est, charger les batteries et faire tourner le dessalinisateur; L'équipage a eu le droit de prendre une douche (chaude grâce au moteur), open-bar comme a dit Guillaume!

Nous devrions trouver un vent d'Est plus soutenu d'ici 24h, la bordure sud d'un gros anticyclone.

Pas de tentative de pêche pour le moment, nous n'allons pas assez vite. IL faut bien 6-8 noeuds de vitesse pour attraper un thon ou un mahi-mahi. Nous avons eu la visite de trois oiseaux, des jolis paille-en queue, qui voulaient visiblement se poser sur le bateau, en arrivant par l'arrière, face au vent. Mais ils se sont trouvé face à l'éolienne qui tournait vite et leur a fait peur. Heureusement, nous n'aurions pas aimé en voir un être déchiqueté par les palles.

Bises des Folligous

 

 

Vendredi 09 mai 2025, 21°51 N, 61°23 W
Vent de SSE, 10-14 noeuds, allure légèrement débridée, longue houle, belle mer et très beau temps.

Des conditions quasi idéales en quelque sorte, sauf que le bateau est gité en permanence, mais pas trop. On arrive quand même à vivre normalement, à dormir, à lire, à  jouer aux dés et faire la cuisine. J'ai même fait un gâteau à la banane ave des bananes devenues trop mûres toutes en même temps comme toujours. Très apprécié pendant les quarts de nuit.

La nuit fut belle avec un vent régulier,une lune presque pleine, de bien meilleures conditions que dans la journée d'hier pendant laquelle on s'est traîné lamentablement. En plus d'un vent quasiment Nord, nous empêchant de faire la route, nous avions un courant de 1,5 noeuds qui nous déportait vers l'ouest. L'horreur! Sur la carte, on a fait ce qu'on appelle une aile de mouette, ce qui donne une trajectoire pour le moins bizarre.

Les quarts de nuit étaient nettement plus équilibrés, il semblerait que nous ayons trouvé une solution acceptable. On verra ce que ça donnera la nuit prochaine où le vent devrait être beaucoup plus soutenu. Mais au moins, on avance. Car les étapes à 80 nM en 24 heures, c'est un peu déprimant. Quand les conditions sont bonnes, on arrive à faire 160 nM. Évidemment on est loins des 500 nM des IMOCAs.

Bises des Folligous

 

 

Samedi 10 mai 2025, 23°19 N, 59°43 W
Vent ESE 15-20 noeuds, COG 57°, mer agitée

les conditions ont nettement changé par rapport aux premier jours, le vent a forci et la mer est très désordonnée sans être trop creuse. Mais toujours au près, toujours gîté avec en plus des mouvements anarchiques; La nuit s'est cependant bien passée. Nous avons trouvé un bon rythme pour les quarts. Trois quarts de 3h30 chacun entre 21h et 07h du matin. C'est illusoire d'essayer de commencer les nuits plus tôt ou alors il faudrait abréger le temps de l'apéro qui est un moment privilégié où l'on est tous les quatre dans le cockpit, enfin quand ça ne mouille pas trop, et où on papote gentiment.

On fait donc chacun deux quarts de veille deux jours de suite puis un seul quart les deux jours suivant. Ce roulement fonctionne assez bien et le jeu des couchettes musicales est maintenant bien rodé!

Ce matin, nous avons dialogué à la VHF avec un cargo qui dérivait le long de notre route. IL nous a dit attendre d'avoir le feu vert pour rejoindre sa destination. En dehors de ça, il n'y a personne, personne, personne!
Nous avons pu prendre le petit-déjeuner dans le cockpit mais il y en a deux qui se sont pris une vague qui est venue frapper le côté du bateau. Ils ont été bien mouillés (Fuck!!) mais ils ont séchés aussi vite.

Voilà pour nos aventures nocturnes. Les journées quant à elles se passent bien. On a l'impression qu'il commence à faire moins chaud et le temps passe tranquillement entre la confection des repas (acrobatique), la lecture (sur kindle), l'acquisition des GRIBs (sorte de bulletin météo),  leur analyse, le routage pour optimiser la route.  En parlant de routage, nous devons choisir entre trois routages. L'un venant d'un routeur professionnel qui nous suit et nous envoie des WPs (way points, ou point à rejoindre) tous les matins à 07h00, un routage fait par un ami grand navigateur et compétent qui s'est proposé pour nous aider, et le routage que nous faisons nous même avec les GRIBs chargés sur internet. En suite, il faut composer avec les conditions locales qui ne sont pas nécessairement les mêmes que les prévisions et décider de la route à suivre. Qui n'est quelque fois aucun des trois routages proposés mais le doigt mouillé du capitaine!! Bon, j'exagère un peu, les routages sont assez concordants mais pas totalement.

Que le meilleur gagne!

Bises des Folligous

 

 

Dimanche 11 mai 2025, 10H, Atlantique Nord au 24 °52 N, 58 °09 W
Vent ESE mollissant mais encore à 16-18 noeuds, après une nuit un peu agitée. La mer était formée et faisait des beaux geysers contre la coque. Nous avions quand même réduit la GV en prenant 2 ris et nous avions mis la trinquette. Un peu extrême peut être mais au moins, on pouvait dormir, ou essayer de dormir, sans trop s'inquiéter pour le gréement

Ah oui, dormir, une équation compliquée quand on est quatre à bord. Le capitaine vous a donc pondu une petite bafouille sur le sujet intitulée "Couchettes musicales"

La Méridienne d'hier disait: "nous sommes bien rôdés au jeu des couchettes musicales" Kesaco ? Vous vous demandez peut-être quel jeu de société nous avons inventé pour nous distraire?

Alors voici: le jeu se joue à quatre équipiers et cinq couchettes dont deux dans le carré impraticables quand ça cogne dur comme en ce moment; deux couchettes latérales qui sont les meilleures (relativement) et une bannette dans la timonerie assez inconfortable. Nous sommes au près (contre le vent et la mer), donc obligés de tout fermer et il fait chaud dans les couchettes... et ça bouge et ça cogne et ça grince.
Et ça mouille.
Tout le monde lorgne sur les couchettes latérales plus moelleuses, mais attention: il y a des règles. Bâbord est réservé aux parents et Tribord aux fils.
Chaque quart se compose d'un parent P et d'un enfant E et il y a trois quarts de 4 heures par nuit. Pouf, pouf, le jeu commence avec le premier quart.
P1E1, P2 E2, P1E1, et la nuit suivante on alterne pour que ce ne soient pas toujours les mêmes qui fassent deux quarts sur les trois et pour varier les binômes.
Ça donne P1E2, P2E1, P1E2, puis P2E1, P1E2, P2 E1, puis P2E2, P1E1, P2E2, et on recommence la permutation circulaire à double entrée. Vous me suivez? Moi il m'a fallu trois nuits pour commencer à comprendre.
Pour simplifier les choses, lors de chaque quart, il y en a un de veille et un de "repos" sur la bannette de la timonerie, et on alterne toutes les deux heures...
Inévitablement, au changement de quart, l'équipe du quart montant trouve un équipier du quart descendant qui dort à poings fermés (ça arrive) dans la bannette, on n'ose pas le réveiller, alors c'est la pagaille. On a failli se retrouver à deux dans une bannette de 35cm de large.
Pour corser le jeu, chacun a Son Propre Oreiller (enfin propre...) et il faut penser à l'emporter avec soi, sous peine de devoir l'extraire de sous un dormeur qui n'est pas d'humeur à plaisanter.
Pareil avec les frontales. Chacun la sienne. Et elles sont de nature baladeuse...
Le jeu est dans sa version V1, pas encore prêt à être commercialisé, alors si l'un d'entre vous a des idées pour le corser, nous sommes ouverts.
Pensez à nous pendant vos nuits de 8h dans une chambre silencieuse et aérée sur un lit douillet et immobile.
Et.. sec !

Bises des Folligous

 

 

Lundi 12 mai 2025, 26°35, 56°42 W
Vent ESE 8-10 noeuds, angle du vent 70°, vitesse autour de 4,5 noeuds, pas rapide, rapide! Une étape de 140 nM, ce qui n'est pas si mal vu le peu de vent. Mais le Folligou affectionne particulièrement l'allure du près océanique par petit temps.

Les conditions ces dernières 24h ont été quasi idéales. Le vent a molli progressivement, la mer s'est assagie, le bateau glisse sans effort et sans taper. La nuit était magnifique avec sa presque pleine lune quoiqu'elle éteigne les étoiles. Les quarts ses sont bien passés même si on au un peu dérogé à l'ordre établi! mais je ne vais pas vous embêter encore avec ce sujet!

Maintenant la question est de savoir à quelle sauce on va être mangés dans les jours à venir. La situation météorologique est un peu inhabituelle. IL y a un gigantesque anticyclone (haute pression) qui s'étale de la côte US jusqu'à l'Espagne.  Et au sud de cet anticyclone, une grosse zone de molle qu'il nous faudra traverser au moteur. La difficulté étant que cette zone change de place, d'orientation et de taille d'un modèle à l'autre et d'une mise à jour à l'autre. Ceux d'entre vous qui avez l'habitude de regarder Windy, dézoomez en vous positionnant sur l'Atlantique Nord et vous verrez cette énorme anticyclone, identifiable par les vents qui tournent autour dans le sens des aiguilles d'une montre. Et au sud de l'anticyclone, cette grande zone bleue totalement sans vent. C'est elle qu'il nous faudra traverser prochainement, probablement en fin de nuit; Et là, malheureusement, pas d'autre option que de mettre le moteur. Au nord de cette zone, on devrait retrouver des vents d'ouest qui nous pousseront directement vers les Azores, en espérant qu'ils ne soient pas trop forts.

Donc nous passons beaucoup de temps à télécharger des modèles météo. Il y a au moins six modèles disponibles, même si nous n'en utilisons que deux au final, le modèle américain GFS et le modèle européen ECMWF. Et nous recevons les suggestions de routage de deux routeurs (un professionnel et un ami) et de trois logiciels de routage qui, évidemment, ne sont pas d'accord entre eux vue l'instabilité des systèmes en ce moment. Je vous laisse imaginer les prises de tête, les discussions, supputations, car nos équipiers sont à fond dans la maîtrise du sujet!

A suivre donc

Bises des Folligous

 

 

Mardi 13 mai 2025, 27°44 N, 55°19 W

 

Nous avons dû mettre le moteur hier vers 14h30, à notre grand désespoir car cela était 24 h plus tôt que prévu sur les fichiers météo. Mais au bout de 6 h, oh joie, le vent est revenu, un petit vent régulier de 8-10 noeuds, suffisant pour nous faire avancer à 5-6 noeuds au près débridé sur mer plate.

Et nous l'avons gardé toute la nuit

 

Mais auparavant nous avions eu un magnifique coucher de soleil. Nous étions tous les quatre dans le cockpit, tournés vers le soleil, à surveiller sa descente et l'apparition du fameux rayon vert. Les conditions était réunies pour que nous le voyions puisqu'il n'y avait aucun nuage. Et nous l'avons vu. Mais qu'est-ce donc que ce fameux rayon vert? Sous les latitudes où nous sommes, c'est plutôt un gros point vert qu'un rayon, une grosse émeraude, qui apparaît au sommet du soleil de façon très fugace à la seconde où le soleil disparaît derrière l'horizon. Une histoire de diffraction et de mirage! Il ne faut pas qu'il y ait trop de houle, sinon on le rate.

Mais une heure après, qu'elle ne fut pas notre surprise de voir le soleil réapparaître au dessus de l'horizon, exactement à l'opposé de l'endroit où il avait disparu! Bien sûr, il ne s'agissait que de la lune, mais tellement grosse et légèrement rouge qu'elle nous a tout de suite fait penser au soleil.

 

Autrement, tout va bien à bord, le temps calme permet une ambiance détendue, avec musique, lectures, conversations débridées, bonne cuisine (les croque madame d'hier étaient délicieux, miam..).

Seule ombre au tableau, on ne gagne pas beaucoup de miles sur la route. Mais on se rattrapera lorsqu'on sera au nord de cette foutue zone de calmes. Nous avons fait environ 800 nM depuis le départ en sept jours, soit une moyenne de 4,76 nM de moyenne. Pas nul, mais pas génial non plus.

 

Bises des Folligous

 

 

Mercredi 14 mai 2025, 29°N et 54°31 W
Vent nul!!

Un peu de retard avec ma newsletter ce matin car nous avons eu des problèmes avec notre auto pilote qui recevait des indications de route erronées. Nous avons donc fait plusieurs cercles de 360° pour refaire la calibration. Tout est rentré dans l'ordre, mais jusqu'à quand?...

Nous traversons depuis hier soir la grande zone sans vent, au moteur bien sûr. Donc on surveille de près la consommation de gas oil pour en garder suffisamment pour l'arrivée mais cela devrait aller car nous allons toucher du vent d'ici quelques heures. Mais nous avons eu une belle compensation cette nuit. La lune était magique. Elle se reflétait sur un mer totalement lisse, sans la moindre ridule, mais son reflet ondulait doucement à la surface de l'eau avec la houle, c'était vraiment un spectacle exceptionnel. Ça rattrapait un peu la pénibilité du trajet au moteur.

Et pour en revenir à notre panne de pilote (perte de heading pour les initiés), elle est survenue au milieu du dîner bien sûr ! Au milieu de délicieuses spaghettis bolognaises faites avec du corned beef. Agrémenté d'oignons, de lard fumé, de carottes, de sauce tomate, de fromage rapé, c'était délicieux ! Si, si, je vous assure!

Bises des Folligous

 

 

Jeudi 15 mai 2025, 30°30 N et 54°21W

Vent ENE, 12-14 nds, COG 10°

 

30° de latitude Nord, nous sortons de la zone tropicale et ça se sent. Il fait nettement moins chaud dans la journée et les nuits deviennent franchement fraîches. On sort les joggings bien chauds, polaires et chaussettes. Le ciel a changé d'aspect. Fini les petits nuages gris et blancs et les gros nuages ascensionnel typiques des alizés. Aujourd'hui , un magnifique ciel bleu sans nuage classique d'un anticyclone, et on reprend l'habitude de regarder le baromètre, ce qu'on ne faisait pas sous les tropiques.

 

J10, environ 1000 nM parcourus sur un total de 2200 ou 2400 nM. La distance peut être assez variable selon que le vent nous permet une route directe ou qu'il nous oblige à louvoyer. Et ceci sans tenir compte de la différence entre l'orthodromie, qui passe plus au nord, là où la courbure de la terre fait que la distance entre deux méridiens est plus courte, et la loxodromie qui est la route directe. En avion, le trajet de Paris à Pékin par exemple est plus court en montant vers les pôles pour redescendre ensuite sur Pékin par le désert de Gobi qu'en suivant la route directe. Sur une route de cette ampleur, la différence entre les deux peut être de plusieurs heures, pour nous c'est un peu moins sensible mais nos logiciels de navigation sont réglés pour nous donner l'orthodromie.

Bref, en ce moment, nous continuons à remonter vers le Nord en direction de Terre Neuve mais après demain nous devrions pouvoir "tourner à droite", direct vers les Açores poussés par les vent de SW que l'on est venu chercher à cette latitude.

 

Trêve de considération technique, tout va bien à bord, on mange bien, on dort presque bien ( les quarts à 4, quel confort! Même si l'organisation de nos quarts est toujours un peu aléatoire) et on s'amuse bien. Musique, rigolades ou échanges plus perso, c'est vraiment très sympas.

 

Bises des Folligous

 

 

Vendredi 16 mai 2025, 32°00 N, 52°25 W
Vent SSE, 10-14 nds


Un peu retard ce matin car nous avons décalé l'heure du bord de une heure. Nous avons quatre fuseaux horaires en tout à rattraper pendant ce trajet.

Cette nuit, nous avons eu froid! C'est une sensation étrange après quelques mois passés sous les tropiques mais cela confirme, si besoin était, que nous sommes bien remontés vers le Nord.
Et nous avons le sentiment d'être vraiment seuls au monde. Nous avons ete rattrapés une fois ou deux fois par un voilier de 18m, nettement plus rapide que nous, et c'est tout. Pas de cargo depuis une semaine, personne, personne, personne! Il y a bien un bateau ami parti en même temps que nous qui se trouve à environ 40 nM dans notre Nord. Nous avançons plus ou moins au même rythme mais sur des routes parallèle, pour le moment. On échange un ou deux messages sur WhatsApp chaque jour avec nos positions et nos conditions de navigation. On se sent tout de suite moins seuls!

Échanger des messages WhatsApp, je suis sûre que cela vous paraît la chose la plus naturelle du monde mais pour nous, en bateau, c'est une grande première!
Jusqu'à l'année dernière, nous n'avions que l'Iridium Go qui permettait d'échanger des emails et de charger des GRIBs par un connexion satellitaire, sur l'un des satellites de la galaxie Iridium. Mais la connexion est souvent instable et le transfert de données d'une lenteur infernale. Mais cette année nous avons investi dans une antenne Starlink qui permet de se connecter à internet, sur les satellites basse altitude (environ 500 km) de  Starlink (oserais-je dire Merci Mr Elon Musk, car il faut bien dire qu'il est à la base de toute cette entreprise). La connexion est beaucoup plus rapide, fonctionne partout dans le monde et permet même de regarder un film sur Netflix! Ce que les Américains rencontrés au cours de nos navigations appellent "a game-changer". A bord, nous limitons l'usage de cette connexion ne serait-ce que pour des raisons de consommation électrique et aussi parce que, ce que nous aimons de la vie en mer, c'est vivre au rythme du vent. Mais, bon, quelques échanges WhatsApp avec la famille, pour nos fils, c'est important.
Et pour nous aussi, soyons honnête !

Bises des Folligous

 

 

 

 

Samedi 17 mai 2025, 32°51 N et 50°06 W
Vent SW 14-16 nds, à 160° du vent vrai

Un peu de retard aujourd'hui à cause d'un problème technique, qui, en fait, n'en était pas un!
La charge des batteries étant un peu faible ce matin, le capitaine décide de sortir le petit générateur externe pour recharger les batteries. Mais monsieur fait la grève et refuse de démarrer. Donc on sort les outils spécifiques pour démonter la bougie, on la nettoie et la remonte. Toujours rien. On sort le mode d'emploi (un peu tard), ces messieurs vérifient tous les boutons, tout est OK. Hypothèse : une erreur de manip au démarrage a noyé le moteur donc on attend. Nouvel essai...et le générateur démarre. Gros soulagement! Car je vous ai passé les jurons, les moments de désespoir (encore un problème technique...), les recherches frénétiques du bon outil pour dévisser la bougie, bref, le générateur ronronne doucement, l'équipage est soulagé et son bruit ne nous dérange pas du tout, au contraire. Car si la batterie est trop déchargée, il faudra économiser les électrons. Donc barrer par exemple, couper un frigo, ne pas utiliser Starlink, bref une perspective pas marrante. Donc on supporte le bruit sans râler !
Et pendant ce temps là, le bateau avance tout seul, au protant à 160° du vent, une allure assez confortable. Il y a bien un peu de houle, mais c'est très supportable.

La gestion de l'énergie à bord est un vrai problème. Quand le bateau marche au près, le vent apparent est élevé et l'éolienne fait du bon boulot. Sous les tropiques, le soleil haut dans le ciel est très efficace pour activer les panneaux solaires. Mais actuellement, nous sommes à une allure portante avec un vent apparent faible et le soleil est voilé. Résultat, ce matin, un peu trop d'ampères dehors. D'où la nécessité de lancer le générateur.

Sinon, tout va bien à bord. La nuit a été tranquille, hier j'ai fait du pain qui a bien agrémenté notre petit déjeuner et la carott cake d'il y a deux jours était fort bon.

 

Bises des Folligous

 

 

Dimanche 18 mai 2

025, 33°08 N et 47°57 W

Vent SW 15-16 nds, SOG 6 nds

 

Après un dîner avec deux magnifiques pizzas de nos deux pizzaiolo, la nuit fut belle et tranquille, à tel point qu'on a décidé de n'avoir qu'une seule personne de quart à chaque fois, et donc de ne faire qu'un quart chacun, ce qui est très reposant.

 

La journée s'annonce belle aussi, nous avons vraiment une chance incroyable. Pas de passage de dépression jusqu'à maintenant et si l'on en croit les GRIBs, il n'y en aura pas d'ici l'arrivée.

 

Aujourd'hui, pour mette un peu de piment dans la navigation qui devenait trop facile (sic), nous avons envoyé le gennaker. C'est un grand foc, pas aussi creux qu'un spinnaker et fabriqué dans un tissu plus lourd. On peut donc le garder plus longtemps quand le vent monte mais on ne peut pas faire de vent arrière, 150° du vent apparent maximum. Idéal pour notre route d'aujourd'hui.

Un beau dimanche en perspective ! Et comme autrefois dans les campagnes, le dimanche est jour de douche!

 

Bises des Folligous

 

 

Lundi 19 mai 2025, 33°42 N et 44°58 W à 14h TU
Vent 215° 16 nds TWA 150, sous gennaker

Aujourd'hui, changement d'ambiance. Ce matin, il faisait gris, humide, froid avec quelques grains chargés de pluie. Jusqu'à maintenant, nous avions eu un temps magnifique, mais là, c'est moins drôle.
Mais on avance toujours bien dans la bonne direction, c'est le principal. Et en fait, entre le moment où j'ai écrit cette nouvelle et celui où je l'envoie, le ciel s'est dégagé et c'est beaucoup plus gai.

Peut-être vous demandez vous comment nous occupons nos journées. C'est une question récurrente quand on parle des grandes traversées à des non navigateurs: mais qu'est-ce que vous faites dans la journée?
Eh bien, nous nous sommes fait récemment la réflexion que les journées passent trop vite, sans qu'on sache vraiment comment!
Les journées sont faites de petites occupations qui finissent pas remplir le temps. D'abord, dormir. Les quarts courent de 21 h à 07h30-08h00,, donc une nuit fragmentée,certes, mais relativement longue.
Ensuite les repas. Préparation dans des conditions quelque fois acrobatiques, dégustation dans le cockpit où il faut tout apporter sans rien renverser, et puis, on prend son temps, on bavarde, c'est sympa.
Et ensuite, vaisselle à l'eau de mer (robinet à l'évier) et rinçage avec un minimum d'eau douce.
Quelque fois une petite sieste pour ces messieurs.

Et puis le routage! Ça, ça prend du temps. On a beau avoir deux routeurs qui travaillent pour nous, on veut rester maître des horloges. Donc on commence par télécharger les GRIBs puis par faire un routage avec un logiciel dédié qui marche pas mal. Ce n'est pas la Rolls-Royce qu'utilise les coureurs au large mais c'est bien suffisant pour nous. Donc l'un ou l'autre d'entre nous lance le routage et ensuite on le regarde en détails, on fait des simulations, on analyse les différents scénarios, on suppute nos chances d'avoir trop ou pas assez de vent, on se demande pourquoi notre routeur nous a donné un way-point tellement au Nord, et tout cela prend du temps. Et comme les GRIBs sont mis à jour deux fois par jour, eh bien en fin d'après-midi on recommence!
Et entre toutes ces petites occupations, il nous reste un peu de temps pour lire ou faire des jeux idiots mais marrants sur le téléphone!
Vous remarquerez que je n'ai pas parlé de faire la toilette car cela ne nous prend pas beaucoup de temps! Il faut économiser l'eau et à bord, on ne se salit pas. Alors une petite, toute petite douche ( la capitaine surveille le nombre de fois où le groupe d'eau se déclanche) une fois de temps en temps, ou plus souvent si nous avons dû faire du moteur et qu'on a pu faire tourner le dessalinisateur.
Voilà, vous savez tout de notre vie à bord.
Ah j'oubliais ! Les problèmes techniques à réparer. Eh bien, on nous en avait prédit un par jour, mais le bateau a été tellement bien préparé qu'en fait, pour le moment, nous n'avons pas eu de problème digne de ce nom, malgré les angoisses du capitaine! Mais je ne devrais pas narguer le mauvais oeil!

Bises des Folligous

 

 

Mardi 20 mai 2025, 34°42 N et 42°44 W à 12h TU

 

La nuit fut belle et rapide. 

Nous sommes sous gennaker et 2 ris dans la grand voile et ça trace. 7 noeuds, 8 dans les rafales. C'est rare que nous gardions le gennaker la nuit mais les prévisions ne prévoyait pas de survente donc nous avons tenté notre chance; de plus, nous avons maintenant un équipage entraîné et réactif. Mais le capitaine n'a sans doute pas très bien dormi.

 

Nous avons aussi décidé d'enlever le Bimini, cette toile en forme qui couvre le cockpit et nous protège du soleil. Indispensable sous les tropiques, mais beaucoup moins utile maintenant que le temps s'est rafraîchi. On commençait à chercher le soleil à l'extérieur du Bimini, donc autant l'enlever et mieux pouvoir admirer les étoiles. Nous avons toujours beaucoup aimé identifier les étoiles et les constellations et nous en connaissons beaucoup, mais pas toutes. Je ne sais pas si vous connaissez l'application Stellarium, mais c'est parfait pour identifier tous les corps célestes, où que vous soyez et hors connexion. Les constellations sont dessinées en filigrane avec une représentation humanisée et c'est très amusant de scanner le ciel.

 

Le temps est toujours magnifique, pas de dépression à venir, et même un gigantesque anticyclone qui se reforme comme au début de notre traversée et va nous barrer la route, en ce sens qu'il nous obligera à faire au moins deux jours de moteur. Ce n'est pas rigolo mais heureusement nous aurons sans assez de gas oil et c'est toujours mieux que du gros temps, on ne court pas après.

 

 Pancakes au petit déjeuner, on ne se laisse pas abattre!

 

Bises des Folligous

 

 

Mercredi 21 mai,  35°46 N, 39°38 W
Vent Sud 18-20 nds, vent de travers
Vitesse 7-8 noeuds, pointe à 9 noeuds . Etape de 165 nM, notre record pour cette traversée

Comme disent nos équipiers, ça bombarde! Mais qu'est-ce que c'est inconfortable !
La mer est un peu formée et nous ballote d'un côté et de l'autre, d'autant plus qu'on l'a prend maintenant par le travers et non plus par l'arrière

Sur le plan de la navigation, la nuit a été facile, sans grains,sans changement de voile, vent régulier. Les quarts sont maintenant bien rodés et on a simplifié, un quart chacun avec des rotations de couchettes un peu compliquées ! Chacun se déplace avec sa couette et son oreiller, mais ça marche!
Par contre, la qualité du sommeil, c'est une autre histoire! Le bruit et les mouvements nous ont bien empêchés de dormir. Mais on avance rapidement vers le but final, pas de dépression en vue, personne ne se plaint.

Le petit déjeuner a aussi été un peu rock and roll. Trop humide pour être pris dehors (ce qu'on avait fait tous les jours depuis le départ) et nous voilà tous rassemblés autour du deuxième évier, situé au milieu du bateau, là où ça bouge le moins ( tout est relatif). Les mocks de café et les pots de confiture sont bien calés et le pain "maison" est très bon.
Mais c'est une position un peu dure pour les estomacs au saut du lit. Mais tout se passe bien!
Et pendant que je vous écris, Thomas met la ligne de pêche à l'eau et se prend une grosse vague qui vient claquer sur le bord du bateau
 Il est trempé mais garde vaillement le sourire! Après tout, c'est ça qu'il est venu chercher!

Bises des Folligous

 

 

Vendredi 23 mai, 37°15 N et 34°06 W

Vent mollisssant 8-9 noeuds, SOG 4 noeuds

 

Le vent est entrain de nous lâcher comme prévu. Nous sommes à 270 nM de Horta (sur l'île de Faial), ça se rapproche sérieusement.

Malheureusement, les dernières 48h seront au moteur, sauf changement imprévu.

 

Les conditions étant plus calmes, hier nous avons sorti la ligne de pêche et pris un joli thon. Pas de chance, au moment de le ramener à bord, il s'est détaché. C'est souvent comme ça forcément, on relâche un peu la tension sur la ligne à ce moment-là, le poisson sort la tête de l'eau, reprend une bouffée d'énergie, se débat un bon coup, et paf, libre!! Dommage, on refait un essai aujourd'hui.

Clairement, la vie revient autour de nous à l'approche des Açores. Nous avons déjà vu deux fois des jolis petits dauphins tachetés qui aiment bien sauter hors de l'eau et jouer avec l'étrave. Hier soir au coucher du soleil il y avait plein de puffins qui déchiraient la surface de l'eau avec la pointe de leur aile. Les Anglais les appellent des Shearwater justement du fait de cette spécificité. Et quelques physalies (Portuguese Man of War), des méduses avec une poche de gaz qui dépasse de la surface et leur permet de se faire pousser par le vent. Mais attention, leurs grandes tentacules qui descendent verticalement sous l'eau sont extrêmement urticantes. On les regarde passer de loin.

 

Bises des Folligous

 

 

 

Samedi 24 mai 2025, 37°36 N, 32°12 W

Moteur à 4 nds

 

Eh oui, nous sommes au moteur depuis hier soir. C'est dommage mais la grosse bulle bleue sans vent (bleue sur les GRIBs) s'est installée sur notre route, nous protégeant des dépressions mais nous privant du vent.

 

Le livre de bord pour cette nuit indique RAS, donc je n'ai pas grand chose à raconter.

Il reste 170 nM jusqu'à Horta et nous avons décidé de ne faire que 4 nds pour être sûr de ne pas arriver de nuit dans un mouillage encombré. Et faire des ronds dans l'eau, dans la houle, devant le port en attendant le lever du jour, non merci!

 

Cette nuit nous avions un magnifique sillage bioluminescent Sur une mer plate, probablement grâce au phytoplankton Noctiluca scintillans. Et non seulement la voute et les deux safrans faisaient un sillage lumineux, mais quelques dauphins de passages sont venus nous voir, créant un superbe sillage lumineux sous l'eau. Cela compense un peu l'absence de vent!

 

Donc on s'occupe à quelques tâches ménagères, lessive, confection du pain , gâteau aux pommes, et lecture bien sûr.

 

Bises des Folligous

 

 

Lundi 26 mai 2025, HORTA (île de Faial) à 08h00 TU

 

ca y est, nous sommes arrivés, très très heureux d'être là et d'avoir fait cette traversée sans problème majeur. Tout s'est bien passé, nous avons eu des conditions plutôt faciles, trop de chance; IL y a bien eu les 60h dernières heures au moteur, pénibles mais sans danger.

 

Nous avons fait 2340 nM en 20 jours, une durée que nous n'avions pas osé imaginer!

 

Maintenant, il nous faut faire les formalités d'entrée au Portugal, trouver une place à la marina complètement encombrée (on n'a jamais vu ça!) et découvrir les belles îles des Açores.

 

Nos équipiers repartiront jeudi, nous avons juste le temps de faire le tour de l'île avec eux.

 

Nous reprendrons cette newsletter pour le trajet Açores-Bretagne d'ici 3-4 semaines. merci à vous tous pour votre accompagnement et vos encouragements. Nous en aurons encore besoin, le dernier leg n'est pas forcément le plus facile, et ne nous serons plus que deux.

 

Bises des Folligous

 

 

 

 

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© Carole Beaumont